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 Categorie: PSIA
      Date: 09 mars 2018
     Titre: Un couvre-feu de 23 h à 6 h
Lettre du jour

Bellevue, 3 mars

Le 16 mars 2018, chaque commune riveraine de l’aéroport doit se prononcer sur le projet de plan sectoriel d’infrastructure 2030 de notre aéroport (PSIA). Que définit cet acronyme ? Il s’agit de la planification du développement de Cointrin, définie par l’Office fédéral de l’aviation civile, à Berne, jusqu’en 2030.

Quelques chiffres pour préciser les réalités concrètes que recouvre ce PSIA: le nombre annuel de mouvements est actuellement d’environ 190'000; les prévisions pour 2030 élèvent ce dernier à 236'000. La capacité maximum actuelle aux heures de pointe est de 40 aéronefs par heure; celle tolérée pour 2030 serait de 47… soit un avion toutes les 76 secondes ! Lorsque nous parcourons ce projet de PSIA, dans le chapitre «Décisions», nous notons les points 7, 8 et 10, protection de la nature et du paysage, protection des eaux et protection de l’air.

Le PSIA reste pourtant étonnamment muet au sujet de la «protection des riverains», comme si Cointrin était construit au milieu de rien. Pour les 60'000 habitants riverains qui supportent tous les jours les nuisances de l’aéroport, cette lacune est inacceptable. Les magistrats des communes riveraines ont le devoir d’exprimer leurs préoccupations concernant l’impact du développement projeté sur la santé et la qualité de vie de leurs habitants. Voici trois propositions concrètes justifiant une vraie concertation: 1) Sept heures de sommeil assurées sont indispensables pour une bonne santé.  Nous demandons donc un couvre-feu de 23 heures à 6 heures du matin, comme à Zurich. 2) Il n’existe pas de station de mesure de la qualité de l’air sous le décollage des aéronefs.Nous demandons donc la réalisation de deux stations financées par Genève Aéroport, une à Vernier, l’autre à Genthod-Bellevue, avec communication des résultats aux habitants et aux collectivités, comme pour le bruit. 3) Les nuisances sonores ont un impact sur la santé.

Seuls les logements construits avant 1980 ont droit à des subventions pour l’insonorisation! L’augmentation considérable du trafic et la construction des nouvelles ailes font de l’aéroport «une installation notablement modifiée par rapport à celle de 1980». Selon le règlement fédéral de l’Office de la protection du bruit, au chapitre III, toute installation notablement modifiée est responsable de l’augmentation du bruit qu’elle génère. Dans ce sens, Genève Aéroport devrait établir un nouveau diagnostic de l’insonorisation des logements des zones concernées par les VLI et subventionner l’ensemble des logements justifiant d’être assainis.

Nous devons rappeler que les aéroports ont de la compétence de la Confédération, et que la marge de manoeuvre du Canton et des communes dans ce domaine est très limitée. Ce n’est pourtant pas une raison de risquer de sacrifier, sans rien dire, à l’autel de notre aéroport, la santé et la qualité de vie de 60'000 habitants riverains.
(Tribune de Genève, vendredi 9 mars 2018, Jean-Daniel Viret, médecin et conseiller administratif)