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16 décembre 2015

L’Etat oblige l’aéroport à contenir le bruit la nuit


Sous la pression des communes, le Canton bride l’essor du trafic. L’aéroport ne pourra pas dépasser un certain seuil de bruit après 22 heures. D’autres cautèles pourraient encore venir

Bonne nouvelle pour les Genevois qui dorment sous les avions. Le Conseil d’Etat a décidé de s’attaquer au bruit du trafic aérien entre 22 h et minuit. Certes, il n’est pas question de supprimer ces vols, mais d’éviter que le volume sonore n’augmente ces prochaines années. En clair, le gouvernement va imposer à l’aéroport que le bruit global durant la nuit en reste au niveau actuel. «Nous lui accordons une enveloppe de bruit à ne pas dépasser, explique le conseiller d’Etat Antonio Hodgers. A lui de gérer son exploitation comme il le souhaite dans ce cadre.» En clair, l’aéroport pourra même faire voler plus d’avions le soir si ceux-ci sont moins bruyants.

Cette cautèle au développement de l’aéroport est une première, comme le reconnaît Pierre Maudet lui-même, conseiller d’Etat en charge notamment de l’Economie. «Jusqu’alors, Genève Aéroport a toujours fixé lui-même sa stratégie de développement. Désormais, le politique reprend la main.»

Cette décision ne tombe pas du ciel. Elle répond au ras-le-bol des communes riveraines. Depuis ce printemps, elles se sont fortement mobilisées pour faire entendre leur voix. Car la Confédération et le Canton sont en train de fixer les futures orientations de Cointrin. Ce document en préparation s’appelle Plan sectoriel de l’infrastructure aéronautique (PSIA). Il se base sur des prévisions de croissance qui voient le nombre de passagers passer de 15 millions à 25 millions en 2030.

L’inquiétude des communes est d’autant plus fondée que le trafic nocturne s’est fortement accru depuis dix ans (voir infographie). En 2014, 9600 mouvements ont été enregistrés après 22 h, soit 5% du total des vols.

Trouver un «équilibre»

Le bruit n’a pas que des conséquences sur la qualité de vie. Il limite aussi les possibilités de construire du logement. Il menace des opérations immobilières vers Meyrin et Le Grand-Saconnex. Il empêche aussi des propriétaires de villas de valoriser leur parcelle.

Ces éléments justifient ainsi de brider un peu le développement aéroportuaire, dans un souci «d’équilibre», comme l’indique Pierre Maudet. «Nous tenons compte du souci des riverains, du maintien des droits à bâtir et des besoins de développement de notre économie, dont l’aéroport constitue l’épine dorsale.»

La limitation imposée à Cointrin prend la forme de courbes à l’intérieur desquelles les gens sont exposés au bruit. Elle s’étend sur près de 25 km de part et d’autre de Cointrin. Cette courbe ne pourra plus s’étendre à l’avenir, ni en longueur ni en épaisseur. «Si nous n’étions pas intervenus, 31 000 habitants auraient été exposés au bruit en 2030. Avec les mesures, nous arriverons à 19 000», indique Antonio Hodgers. Ce dernier chiffre est même moins élevé qu’aujourd’hui. Car les avions seront moins bruyants à l’avenir. Autre avantage, la construction de logements sera moins limitée. De 1700 unités potentiellement menacées, on passe à 280.

Gaz à effet de serre

Cette décision n’est qu’un premier pas. Il y a deux semaines, le Canton a présenté son Plan climat qui vise à réduire les gaz à effet de serre. Or «les émissions liées aux déplacements de personnes par avion représentent aujourd’hui 23% des émissions totales de ces gaz pour le canton de Genève», indique ce document. Le Conseil d’Etat s’est donc donné quinze ans pour les limiter au niveau de 2014. Compte tenu de la croissance attendue, chaque vol devrait réduire ses émissions de 44% d’ici à 2030.

Le défi est de taille. Il nécessitera des mesures «ambitieuses». Lesquelles? Elles seront définies à partir de l’année prochaine. «La discussion aura lieu sur le plan politique, assure Pierre Maudet. Il faudra faire des choix et, à l’avenir, sans doute remettre en cause certaines habitudes de déplacement.»

Des impacts pour l’aéroport

L’enveloppe de bruit dans laquelle l’aéroport va devoir se contenir ne sera pas sans douleur. «Il ne faut pas s’en cacher, elle aura un impact important sur l’exploitation», assure Bertrand Stämpfli, porte-parole de Genève Aéroport. Il est trop tôt pour décrire les mesures qui seront prises. «Mais il y aura des limitations. Peut-être devronsnous refuser de nouveaux vols à des compagnies.»

Le créneau du soir, entre 22 h et 24 heures, est important pour l’aéroport, insiste Bertrand Stämpfli. «Nous desservons la plupart des hubs européens. Nos voyageurs qui rentrent à Genève transitent par ces hubs et il nous faut ensuite les ramener à la maison. Ces heures du soir leur évitent donc de passer une nuit à Amsterdam ou à Zurich.»

Raison pour laquelle la solution consistant à interdire tout vol après 23 heures, réclamée par certains, n’a pas été retenue. La solution de l’enveloppe offre plus de flexibilité. Elle permet même d’augmenter les vols si ces derniers sont moins bruyants.

Parmi les vols de nuit, certains sont programmés dans l’horaire (surtout des atterrissages), d’autres sont des vols avec retard. En revanche, il n’y a plus de vols non commerciaux, indique le porte-parole. Les premiers vols du matin partiront comme aujourd’hui à 6 heures. «Nous aurions le droit de commencer à 5 heures, mais il n’y a pas de demande.» 

Les communes en alerte

Les communes riveraines ont été informées la semaine dernière des mesures prises par le Conseil d’Etat. «Nous sommes satisfaits car le Canton prend enfin au sérieux nos préoccupations, relate Wolfgang Honegger, maire de Genthod. Mais cela ne représente qu’un tout petit pas.»

Le maire souligne que nombre de propriétaires sont limités dans leurs projets de construction, en raison du bruit trop important produit par le trafic aérien. La limitation décidée par le Conseil d’Etat évite à la situation d’empirer, mais elle ne rétablit pas une situation antérieure. «C’est pourquoi la bataille continue.»
Genthod est un exemple de ces communes de droite qui en ont rejoint d’autres, comme Vernier ou Meyrin, plus à gauche. Elles ont sans doute contribué à faire bouger le Conseil d’Etat.

Conseiller administratif de Vernier, Yvan Rochat est aussi président de l’Association des communes riveraines. «Nous saluons cette plus grande sévérité par rapport aux vols de nuit. Nous allons toutefois analyser dans le détail les propositions du Conseil d’Etat avant de prendre position. Nous demanderons en tout cas à pouvoir être intégrés au suivi de ce dispositif.» L’élu écologiste rappelle toutefois que la pollution de l’air n’est pas concernée par ces mesures. «Tout n’est pas résolu, loin de là.» 

Tribune de Genève, mercredi 16 décembre 2015, par Christian Bernet

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