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01 juin 2013

"Prendre l’avion avant la plage"

Nous, les Suisses, aimons prendre l’avion et commençons nos vacances à l’étranger dans quatre cas sur dix à l’aéroport. C’est tellement avantageux. Le changement climatique et le bruit du trafic aérien devraient cependant nous pousser à arrêter d’emprunter ce moyen de transport.



Voici fort longtemps, les Helvètes imaginèrent un plan pour migrer vers la Gaule. La Gaule? Bah... Nous, les Suisses, parcourons aujourd’hui plus de 5'200 km en avion par an (1), ce qui équivaut par exemple à l’aller-retour entre Genève et Alexandrie, en Égypte. «Ce n’est pas si loin», penseront peut-être certains. Celui qui visite une fois le souk d’Antalya ou les impressionnantes aurores boréales des pays nordiques aura déjà épuisé ses miles. Ces chiffres ne concernent toutefois que les personnes de plus de six ans en Suisse, qu’elles soient aptes à prendre l’avion ou non. 16 % des habitants de notre pays n’ont encore jamais volé, soit par peur, soit parce qu’ils ne passent jamais leurs vacances à l’étranger, ou encore pour des raisons écologiques.

 

La majorité des Suisses qui prennent l’avion se consolent en pensant au fond que «ce n’est pas si grave». Selon une de mes connaissances, satisfaite de son voyage en Inde, les bienfaits d’un tel voyage sur le karma de la planète valent, en comparaison, bien plus que les petites quantités de CO2 rejetées par son avion. Il n’a malgré tout pas pu s’empêcher de sourire au vu du ridicule de sa déclaration. On cherche à se réconforter en trouvant des excuses comme: «le vol était moins cher» ou «le train de nuit pour Vienne aurait mis plus de temps». Cependant, au cours d’un aller simple Zurich – New York (6'330 km), près de 80 tonnes de carburant sont rejetées dans l’air. Même en répartissant cette quantité gigantesque entre tous les passagers, chacun consomme, vol retour compris, autant de carburant que s’il utilisait sa voiture pendant une demi-année. Les résidus de combustion des carburants aux huiles minérales aggravent le réchauffement climatique. Avec la voiture, c’est au sol que ce phénomène se produit. Les avions volent cependant à environ 11'000 mètres d’altitude, à travers les zones les plus sensibles de l’atmosphère et dans lesquelles leurs gaz d’échappement ont des effets particulièrement nocifs.

 

Ile d’Elbe ou La Palme

 

Ceux qui souhaitent aussi protéger l’environnement pendant leurs vacances commenceront par le voyage: le trajet aller/retour représente en moyenne trois quarts des émissions de CO2 de l’ensemble des vacances. Une fois sur place, il n’est alors plus tellement important de savoir si les voyageurs se déplacent à pied ou à vélo. Actuellement, plus de 40% des Suisses commencent leurs vacances à l’étranger en prenant

l’avion. Il ne devrait toutefois pas en être ainsi, car presque la moitié des destinations vers lesquelles les Suisses s’envolent sont situées en Europe occidentale. Or, comme l’illustre notre carte au milieu de ce magazine, il existe entre ces pays de très bonnes liaisons ferroviaires. «Train ou avion? Cette discussion est perdue d’avance dès lorsqu’on décide de se rendre à coup sûr à New York ou La Palma, au lieu de Paris ou l’île d’Elbe» affirme Peter de Haan, chef d’équipe chez Ernst Basler et Partner et maître de conférences à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. «On devrait calculer les émissions de gaz à effet de serre par voyage et non pas par kilomètre parcouru. Par voyage, l’avion est 20 à 100 fois plus énergivore que la voiture, respectivement le train.»

 

Larges avantages fiscaux

 

«Le trafic aérien bénéficie actuellement de quelques avantages fiscaux. Les carburants pour avions, tels que le kérosène, sont exonérés de la taxe sur les hydrocarbures – ainsi que de la surtaxe en Suisse – et les billets d’avion de la TVA», déclare Markus Gansterer du Verkehrsclub Österreich (l’ATE autrichienne). L’aviation suisse bénéficie en outre, par rapport à ses pays voisins, de deux avantages fiscaux supplémentaires, à savoir sur les émissions de CO2 et la taxe sur le transport aérien.

 

Impôt sur les huiles minérales

 

Pour les vols internationaux, l’exonération fiscale mondiale sur le kérosène remonte à la convention de Chicago de 1944. En 2011, 1,96 milliard de litres de carburant pour avions ont été stockés dans les citernes suisses. Le fait que le Conseil fédéral et le Parlement renoncent à exiger une taxe sur le kérosène à hauteur de l’impôt sur les huiles minérales, ainsi qu’une surtaxe sur l’essence, représente une diminution des recettes de près de 2 milliards de francs par an.

 

TVA

 

En Suisse comme à l’étranger, les billets d’avion et les prestations de service des soustraitants de l’aviation sont exonérés de la TVA. Sur un petit territoire comme la Suisse, où la TVA est de 8 % et les vols intérieurs ne représentent que 0,6 %, les revenus sont moindres en comparaison avec ses pays voisins comme l’Allemagne (TVA de 19 %), l’Autriche (20 %) ou la France (19,6 %). Quoi qu’il en soit, l’État ne devrait pas subventionner les vols intérieurs en leur faisant cadeau de la TVA.

 

Taxe sur les émissions de CO2

 

D’après l’association faîtière européenne Transport and Environment (T&E), les émissions polluantes de gaz à effet de serre issues du trafic aérien ont plus que doublé au cours des vingt dernières années. En Suisse, le trafic aérien est à l’heure actuelle déjà responsable de plus de 14 % des efrets sur le climat. Selon le WWF, si ce chiffre continue à évoluer ainsi, cette proportion augmentera encore de 10 points de pourcentage d’ici 2020. Une personne qui voyage en avion de Bâle à Vienne génère en moyenne 105 kg de CO2 (2). Il faut compter 91 kg de CO2 pour une personne qui eeffectue ce trajet en voiture, et seulement 6 kg de CO2 pour une personne qui voyage en train. L’Union européenne est allée plus loin encore et a étendu, début 2012, son système d’échange de quotas d’émission au trafic aérien. Pour chaque tonne de CO2 émise, les compagnies aériennes doivent payer une taxe. Ici aussi on observe malgré tout une certaine résistance. Le système d’échange de quotas d’émission pour les vols intercontinentaux fut soumis à un efret rétroactif pour l’année 2012, car des pays comme la Chine et les États-Unis s’y sont opposés massivement, et on recherche désormais une solution à l’échelle internationale. L’UE fera cependant payer les compagnies aériennes polluantes. Les passagers s’acquittent d’un droit d’environ deux euros par vol pour les émissions de CO2. En outre, la T&E a prouvé que les compagnies aériennes ont déjà facturé aux passagers les coûts du système d’échange de quotas d’émission 2012 à échoir. Ce faisant, elles auraient ainsi empoché entre 243 et 486 millions d’euros.

 

Taxe sur le transport aérien

 

Tandis que des pays comme l’Allemagne, la France, l’Autriche ou la Grande-Bretagne exigent, pour chaque passager qui décolle d’un aéroport national, une taxe sur le transport aérien – par exemple 7,50 euros pour les vols courte distance et 42,18 euros pour les vols longue distance en Allemagne – tout est encore gratuit dans notre pays. Le Département fédéral de Doris Leuthard ne prend aucune mesure pour proposer au Parlement une taxe similaire pour tous les passagers aériens.

 

Pays de cocagne

 

Prendre l’avion reste l’apanage des riches. En efret, près de 90 % de la population mondiale n’a encore jamais mis les pieds dans un avion. D’après une étude réalisée pour le compte de l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC), les Suisses prennent deux fois plus l’avion que les habitants des pays voisins (sur une année: 1,3 vol par habitant (3) contre 0,7 en Allemagne et Autriche et 0,5 en France et Italie) et les vols d’agrément sont en plein essor. Depuis

1950, le trafic aérien des aéroports suisses a ainsi été multiplié par 14 (voir graphique). Hormis après le 11 septembre 2001, aucune diminution des activités n’a été enregistrée. Un fait peu surprenant quand on connaît les avantages fiscaux accordés à l’aviation suisse. Par ailleurs, les aéroports suisses bénéficient de crédits à des taux avantageux et les coûts des assurances de vol sont en grande partie pris en charge par la Confédération. Si le secteur de l’aviation devait lui-même s’acquitter de tous les coûts directs et indirects, on estime que les déplacements aériens seraient trois fois plus chers. Bienvenue dans l’eldorado aérien suisse.

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(1) Microrecensement mobilité et transports 2010, OFS et ARE

(2) www.ecopassenger.org

(3) Intraplan 2012, Monitoring du transport aérien suisse

 

ATE Magazine, juin 2013, par Stefanie Stäuble

 



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