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29 juillet 2014

Le low cost s’attaque aux vols long-courriers



C’est une nécessité, à l’origine même de leur modèle d’affaires. Les compagnies aériennes low cost doivent garder sous contrôle leurs coûts afin de rester concurrentielles. Surtout si elles se lancent sur un nouveau créneau. Et elles ne manquent pas d’imagination. Dernier épisode en date, le transporteur Norwegian, né il y a vingt ans, a engagé des pilotes de Singapour. Les syndicats dénoncent un dumping salarial. Les pilotes sont payés en moyenne 11 000 euros (13 400 francs) par mois, alors que le salaire moyen est normalement un tiers plus élevé. Norwegian a aussi recours à des hôtesses thaïlandaises, également sous contrat de Singapour, dont le salaire de base, hors primes et intéressement aux ventes à bord, ne dépasserait pas 500 dollars (452 francs) par mois, selon Les Echos.

 

Ce personnel doit être employé sur les nouveaux vols long-courriers transatlantiques que la compagnie, troisième plus grande low cost en Europe, vient de lancer début juillet. Un Londres-New York, par exemple, est proposé en prix d’appel à 225 dollars (203 francs) le trajet (tarif de base, sans prestations supplémentaires), sur des ­avions Boeing 787 flambant neufs. Ils sont de 15 à 20% moins gourmands en carburant que les appareils de la génération précédente. Un vol traditionnel revenait lundi à 346 livres (531 francs) sur le site de British Airways, départ le 28 août. La compagnie propose aussi la desserte de Los Angeles. Au début du mois, Lufthansa a aussi annoncé vouloir lancer des vols low cost long-courriers.

 

En termes d’optimisation des coûts, ce n’est pas tout. Norwegian, à l’origine norvégienne, a aussi obtenu une licence de travail irlandaise. Elle lui permet d’embaucher des navigants sous contrats irlandais, avec un minimum de charges sociales. Cette pratique a suscité l’ire des syndicats américains et européens. Ils ont même tenté de faire rejeter la demande de droits de trafic de Norwegian. En vain. La compagnie a fait valoir l’accord de ciel ouvert entre l’Union européenne et les Etats-Unis et obtenu gain de cause. L’association bri­tannique des pilotes de ligne a ­dénoncé de manière cinglante l’arrivée d’un «pavillon de complaisance» dans le secteur aérien, à l’instar de ce qui se fait souvent dans le transport maritime. De son côté, la compagnie irlandaise Ryanair a été condamnée récemment à payer 9 millions d’euros pour avoir ouvert une base à Marseille, en soumettant ses salariés au droit du travail irlandais et non français. Quoi qu’il en soit, la low cost d’origine norvégienne espère transporter 1,3 million de passagers en 2015.

 

Du côté des experts aériens, la circonspection domine toujours, au motif que certains modèles du low cost ne sont pas transposables au long-courrier. Par exemple, «sur un vol de 8 heures, la diminution du temps de rotation au sol ne constitue plus un levier majeur de productivité», écrivent dans une colonne sur latribune.fr Emmanuel Combes, vice-président de l’Autorité française de la concurrence, et Laurent Perrier, responsable de la planification stratégique de l’innovation, chez Hop! (filiale d’Air France). De plus, les écarts de coûts similaires à ceux observés sur le court-courrier – jusqu’à 60% – semblent difficilement reproductibles. Notamment parce que les équipages doivent se reposer après un vol outre-Atlantique, comme l’indique un article d’Air Transport Studies. Jusqu’à présent, toutes les tentatives ont échoué. Notamment celle de Zoom Airlines, partie en faillite en 2008.

 

Reste aussi à séduire les passagers. Comme chez d’autres low cost, tout est payant sur le vol Norwegian: enregistrement des bagages, repas et boissons, etc. Les frais peuvent augmenter très vite. Le billet «LowFare» inclut uniquement le bagage à main. Le prix «Flex» comprend notamment un bagage en plus ainsi que la réservation du siège. Au final, l’écart peut être important, pouvant même quintupler.

 

Le Temps, mardi 29 juillet 2014, par Bastien Buss


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